Juillet 2019

 

EL HIERRO

— Le petit paradis perdu dans l'Atlantique —

 

El Hierro n'est pas une île qui attire beaucoup les touristes européens. Et c'est tant mieux ! Loin de tout, c'est l'île la plus à l'ouest (et donc la plus récente) des Canaries. Pour s'y rendre, il faut le vouloir. Mais quel plaisir à l'arrivée ! El Hierro n'est pas l'île que l'on choisit forcément quand on prépare un voyage aux Canaries. Loin des autres, peu de plages, des sentiers de randonnées un poil moins aisés que les autres îles (peu de randonnées circulaires). Mais j'avais une telle envie de découvrir sa tranquillité ! Et franchement, El Hierro est l'un de mes coups de cœur après avoir visité deux fois l'archipel. Tranquillité, forces de la nature, animaux, population, le temps semble s'arrêter sur ce petit cailloux perdu au milieu de l'Océan Atlantique.

Suivez-moi, je vais vous donner envie de découvrir cette île et ses magnifiques paysages.

 

Informations pratiques
Le voL, la prise de la voiture et le logement

 

— Aux Canaries, tout est facile —

  • Le vol avec CanaryFly et la location de la voiture avec Cicar

Pour les vols intérieurs dans les Canaries, vous avez AirEuropa, Binter ou CanaryFly. Pour El Hierro, j'ai pris cette dernière compagnie. Rien à redire : ce sont les mêmes prestations que Binter, sans le petit gâteau et le journal ! Ponctuel, vols rapides et hôtesses agréables, mais l'obligation, comme souvent de repasser par Tenerife Norte où ça bouge beaucoup avec le vent. 
Concernant la voiture, Cicar et le tour est joué. Belle voiture, propre, surclassement fréquent et aucune caution. Bref, le top !

 

  • Le logement

Visiter El Hierro ne peut se concevoir pour moi sans se délecter d'une petite casa rurale dans laquelle se détendre et apprécier le temps qui passe, le bruit du vent, la chaleur des rayons du soleil voire même la moiteur d'une arrivée soudaine d'un brouillard crépusculaire. Les prix pratiqués pour se loger dans l'île sont dérisoires. J'ai loué la Casa Rural El Valle, au tarif de 40€ la nuit (9.9 sur Booking). L'accueil y est des plus authentiques et tout est disponible dans la maison, jusqu'aux jumelles pour observer le ciel. Transat, petite terrasse, machine à laver : parfait pour le voyageur. Dans le logement, on peut découvrir quelques photos de la construction de l'édifice, réalisée en accord avec les éléments pour profiter du soleil chaque instant, se protéger de l'humidité et construite avec des matériaux locaux. C'est une réussite absolue ! Le jardin y fait aussi pour beaucoup. Des arbres fruitiers, des lézards, des hyménoptères qui investissent l'espace et des fruits à cueillir chaque matin vous feront vos desserts pour les quelques jours sur l'île. Un petit supermarché vous aidera à vous sustenter à seulement quelques minutes de voiture.

Et quelle vue le matin sur Tenerife, la Gomera et la Palma. Un bon plan, je rêve déjà d'un retour là-bas !

 

Comment prendre son temps sur El Hierro en 4 jours ?


Venir à El Hierro pour une journée ou deux n'a pas d'intérêt. Tomarse su tiempo rime avec El Hierro. Prenez donc plusieurs jours sur cette île pour vraiment l'apprécier. Prévoyez comme nous une sortie tôt le matin pour profiter du beau temps et allez faire trempette l'après-midi. Certaines parties de l'île sont très souvent embrumées (le nord) et d'autres (le sud) se voient caresser par de doux rayons du soleil. Prévoyez de sectoriser les visites car, bien que l'île est petite, les trajets sont finalement assez longs. Nous n'avons pas fait de plongées à mon plus grand regret (il faut du temps pour reprendre l'avion quant à la décompression). Mais au sud de l'île, les fonds ont la réputation d'être exceptionnels et des voyages à El Hierro sont organisés spécialement pour découvrir les milliers de poissons de l'Atlantique.

 

1- Ouvrir grand ses yeux devant El Golfo

 

El Golfo est l'une des images les plus emblématiques d'El Hierro. Si tu veux en prendre plein les yeux, c'est clairement ici qu'il faut poser son fessier et observer la puissance de la nature. El Golfo est comme un amphithéâtre naturel ouvert sur l'Atlantique. Ce spot est né de l'effondrement de la partie nord de l'île il y a 50.000 ans ! Je ne sais pas si on peut imaginer la violence et le raz de marée que cela a du provoquer (on parle de vagues de 100 mètres de hauteur). Dorénavant, tout est (en apparence) plus calme (il ne faut pas oublier que le dernier tremblement de terre sur l'île date de 2011) et cette large plaine agricole profite d'un bon ensoleillement et est bien plus accessible depuis la création du seul tunnel de l'île.

 

Depuis le Mirador de la Peña, la vue est absolument fantastique, mais il faut avoir un temps dégagé pour vraiment en profiter. Le Mirador de Jinama permet aussi de le voir un peu plus du côté de la montagne. On distingue bien les deux grandes routes qui traversent cette partie de l'île, les spots de baignades, le plus petit hôtel de l'île avec une seule chambre et les villages qui cachent la Dehesa. C'est aussi à El Golfo qu'est produit un bon vin blanc "La Frontera" que l'on ne trouve que dans l'île (très peu d'exportations, même aux Canaries). Parfait avec des zamburiñas ou des tacos al ajillo !

 

2- Se baigner seul au Charco de los Sargos ou ailleurs...

 

Juste après avoir découvert El Golfo, filez vous baigner ! Et ici, il y a de quoi faire sans n'avoir personne autour de vous. Le spot que j'ai préféré pour me tremper fut El Charco de los Sargos. C'est clairement le plus tranquille, l'eau est absolument délicieuse, vous avez la possibilité de plonger de manière assez secure et cette vue sur les énormes rochers est merveilleuse. Prenez un petit masque, il y a du poisson et pas mal de rochers. Enfin si vous avez de la chance comme nous, pensez à prendre des jumelles ou un télé-objectif sur votre appareil photo car vous verrez des projections d'eau au loin dans la mer... ce sont juste des baleines. Fascinant à regarder !

 

 

Quelques autres spots de baignade valent le coup dans l'île, plus ou moins agités ! Celui qui demande le plus d'effort est le Charco Azul (en raison de ses reflets bleus en cas de temps ensoleillé). Il faut descendre dix minutes en serpentant et on arrive à un petit spot d'eau avec des poissons tropicaux ! Vous pouvez aussi vous rendre tout près à la Maceta, situé à quelques minutes à peine à pied de Los Sargos. Parfait pour les familles, vous aurez un site bien aménagé, de quoi vous rincer, poser votre serviette et profiter de piscines naturelles assez larges. Mais vous aurez plus de monde ! Enfin, si vous aimez que cela remue, direction Charco Manso, au nord de l'île ! Là, ça claque sévère contre les roches, mais le site est très impressionnant pour une baignade !

 

3- Randonner dans la forêt primaire d'El Hierro


Dans le même esprit que la Gomera, l'île d'El Hierro accueille en son cœur une forêt primaire autour du sentier de la Llanìa. Trois randonnées sont proposées pour découvrir les merveilles de cette forêt touffue et humide, remplie de lauriers et de tamaris recouverts de mousse ayant capté la rosée du matin. Je vous conseille de suivre le trajet bleu (3h30 de marche). Attention de toujours bien suivre ce tracé (nous nous sommes perdus en voulant voir un mirador et le brouillard est arrivé). Les panneaux avec les noms des sites n'ont que cela pour fonction : ne pas aller plus loin au risque de vous perdre et de bien galérer pour retrouver "sa voie". Quoi qu'il en soit, on a de superbes vue sur l'île et un spot pique-nique au milieu de la balade. La randonnée a commencé avec un ciel bleu pour nous, avant de nous offrir un paysage fantasmagorique avec l'apparition soudaine d'un épais brouillard "mode Sleepy Hallow". Heureusement, il ne nous est rien arrivé ! Balade incontournable à prévoir tôt le matin avant d'aller se baigner !

 

4- Traverser la forêt d'El Julan


Quand vous décidez d'aller vers la Dehesa, vous aurez toutes les chances de rouler dans cette magnifique forêt à la quantité démentielle de pins canariens. À leurs pieds, rien ne pousse, ils prennent toute la place et leurs aiguilles empêchent quoi que ce soit de pousser. Dans cette forêt habitaient les premiers habitants de l’île, les Bimbaches qui seraient venus du Sahara (leur alphabet ressemble à celui des Berbères). Des randonnées sont proposées au départ du centre d'interprétation. Mais ne serait-ce que la découvrir en voiture et s'arrêter aux points de vue, ça vaut le coup ! Un moment encore hors du temps sur cette île.

 

5- S'accrocher pour découvrir les arbres penchés d'El Sabinar


Bienvenue dans la plus belle partie de l'île ! Point de départ : le superbe Ermita Virgen de los Reyes. Cette chapelle blanche construite au 16è siècle renferme la Sainte Patronne de l'île. On a vu quantité d'Espagnols venir la prier ! La petite histoire veut que des marins en difficulté en mer furent aidés par des bergers d'El Hierro. En guise de reconnaissance, ces derniers souhaitaient garder une vierge que les marins détenaient dans les cales de leur bateau. Le chef des marins refusa fermement. Mais à chaque fois qu'il voulait reprendre la mer, le vent ramenait le bateau sur la côte... Il se décida donc de déposer la Vierge sur l'île d'El Hierro avant de repartir à Cuba.

On peut ensuite filer vers l'emblème d'El Hierro : l'arbre, ou plutôt les arbres, penché(s) d'El Sabinar. Il est possible de faire une randonnée parmi les vaches quelques mètres après la chapelle. Mais le mauvais temps rattrape souvent le marcheur et je vous conseille de filer à pied pour atteindre le site. El Sabinar renferme de nombreux genévriers courbés en raison de la force du vent. Eh oui, il a fallu s'adapter pour survivre ! En ressort une paysage fantastique, déroutant qui nous remet à notre place. En prime, vous aurez le droit d'observer des vaches et veaux en pleine nature !

Le conseil du Caméléon : j'ai vu des Espagnols fumer et jeter leur mégot ici... j'ai ramassé le mégot, car avec le vent et la sécheresse, il y avait tout pour que cela flambe. Des gens de plus de 50 ans... inconscience. La prochaine fois, je remets le mégot dans leur voiture ! Faites comme nous, un acte citoyen pour lutter contre des débiles !

Et deuxième conseil : quand on met une corde autour d'un arbre pour ne pas y aller, on ne franchit pas la corde... on ne s'accroche pas aux branches de l'arbre... j'en ai vu des idiots sur ce site. Tristesse des instagrammeurs...

 

6- Être au bout du monde à la Punta de Orchilla


Après avoir crapahuté dans la Dehesa, il est intéressant de se rendre au phare d'Orchilla à une vingtaine de minutes de voiture. Longtemps oubliée des hommes, Orchilla n'a plus de gardien de phare. Attention au choc visuel sur cette pointe ouest ! Dans cet océan de lave, on discerne une croix à laquelle les marins tournaient le dos pour filer en Amérique. Cette ici que la terre s'est réveillée en 2011 et que des éruptions sous-marines ont agrandi l'île. Vous pouvez même entrer dans les profondeur de la Terre pendant plusieurs centaines de mètres pour ressortir un peu plus loin. Une expérience saisissante, voire flippante. Mais maintenant, tout est calme et le plaisir de s'asseoir sur la roche chaude en essayant de devenir l'Amérique vaut tous les spots du monde.

 

Le conseil du Caméléon : n'oubliez pas une lampe torche ou un portable avec lumière pour pouvoir passer sous la roche volcanique !

7- Découvrir des points de vue vertigineux depuis les miradors


Trouver de superbes spots fait partie des plaisirs d'un road-trip. Sur l'île d'El Hierro, il y en a quasiment partout. La seule difficulté reste que le temps soit découvert. Ne perdez pas de temps si vous voyez que c'est bouché, filez ailleurs ou essayez dans deux heures. J'ai bien apprécié le Mirador de Isora qui offre une superbe vue sur l'est de l'île et son parador. Et comme souvent à El Hierro, absolument personne ! Déjà évoqué plus haut, superbe vue depuis le Mirador de la Peña ou celui de Jinama. Beau point de vue également depuis le Mirador de Tanajana qui offre une vue sur un village plutôt récent aux murs graffés. Bref, pour en profiter, prenez votre voiture et arrêtez-vous dès que vous voyez un panneau mirador !

 

8- Se balader dans le village fantôme de Pozo de las Calcozas


Comment se sentir au bout du monde ? En venant découvrir ce village (presque) fantôme de Pozo de las Calcozas. Dans ce coin de l'île, on est vraiment dans le dur ! Situé à quelques kilomètres au nord de la capitale embrumée, cette petite baie à la descente vertigineuse renferme différents bungalows et maisons de pêcheurs. Son style très roots attire différents "babs" qui s'installent dans des maisons en location au bord de la mer. Ces anciennes maisons de pêcheurs sont en cours de réhabilitation et sont seulement habitées en été. Certaines ont même poussé la décoration jusqu'à avoir des escaliers ornés de coquillages. La descente est raide, la montée tout autant. Vous serez accueillis par une sculpture de Poséidon... Ici, tout est iode, embrun et vagues. Mais une fois arrivés en bas, on sent un atmosphère très authentique et les claquements des vagues contre les rochers nous rappellent très vite les côtes bretonnes en hiver. Certains pêchent encore de manière traditionnelle pour préparer le repas de midi. Je me rappelle de la curiosité d'une dame qui pêchait et que je photographiais...


Envie d'un bon restaurant ? Filez donc à la Higuera de la abuela, un restaurant avec une petite cour où vous pourrez manger des tapas de très bonne compositions : lapas, jamòn, queso...

 

 

Alors il en pense quoi le caméléon ?

 

 

Les + d'El Hierro

  1. Le calme, la tranquillité, le temps qui s'arrête. Cette île a quelque chose de mystique, il s'y passe quelque chose, il y a des ondes. On sent la terre sous nos pieds, cela vit, on est juste de passage. Bref, j'ai adoré ; 
  2. Des paysages très diversifiés : forêt primaire en son centre, pâturages avec de superbes chevaux et vaches, plateaux perdus de le Dehesa, roches volcaniques, pins, miradors, mer d'un bleu exceptionnel. Bref, c'est un coup de cœur ; 
  3. Des locaux très sympas, toujours prêts à aider. Bref, nous ne sommes pas loin du bonheur... même si mon cœur encore bien plus amoureux de la Gomera.

Les - d'El Hierro

  1. Un climat très étrange : on peut passer d'un pur soleil à un brouillard épais en l'espace de deux minutes. Et ce timing n'est pas exagéré : on a mis le chauffage le premier jour dans la maison en juillet ; 
  2. Conséquence directe du temps : quand t'es chaud pour un mirador, pas évident qu'il soit découvert. Il faut souvent revoir son plan à la dernière minute dans cette île. Mais cela fait partie du plaisir !


Une photo bonus d'un graff à El Hierro qui représente bien notre monde en ce moment ! Luttons contre ce foutu plastique !

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